La note d’intention du projet

Rappel de l’article

Ce projet s’inscrit dans la continuité directe de mon article, dont la problématique interrogeait les manières dont le graphisme aménage le cyberespace. L’étude des usages des internautes à travers l’analyse des pages personnelles m’a permis de montrer comment le graphisme, en particulier l’expérience utilisateur, pouvait favoriser la construction d’espaces numériques incarnés et signifiants. 

Dans la perspective du projet, j’ai souhaité prolonger cette réflexion et la nuancer en ne considérant non plus le cyberespace comme dématérialisé, mais plutôt comme ancré dans un monde physique et traversé par des enjeux politiques, écologiques et sociaux. 

Le projet

Suite à son développement massif à travers le monde, le Web est devenu un objet marchand structuré par des logiques de rentabilité et de performance modérées par quelques plateformes hégémoniques (les GAFAM). Ce modèle centralisé, que l’on pourrait qualifier de « techno-féodalisme », place les utilisateurs dans une position de dépendance où leurs données, leurs modes d’expression et leurs espaces de sociabilité sont contrôlés par des infrastructures opaques, énergivores et normatives. Par confort, mais surtout par manque de littératie numérique, les internautes se laissent être dépossédés de leur autonomie et de la compréhension des outils qu’ils utilisent quotidiennement. Face à ce constat, mon projet vise à proposer un outil de réappropriation du cyberespace fondé sur une réactivation de la maîtrise du numérique. 

Le projet prend la forme d’un guide d’initiation numérique destiné à accompagner les internautes dans la création de sites pouvant être auto-hébergés. Le guide, à travers une page web et des tutoriels illustrés, proposera des conseils pratiques en webdesign, autant sur le plan graphique (UI/UX design) que technique (HTML, CSS) afin de permettre la réalisation de sites à faible consommation énergétique. L’utilisateur du guide sera amené à mieux comprendre les infrastructures du Web en créant son micro-espace numérique personnel. L’objectif serait ainsi d’encourager une démarche d’émancipation technique en apprenant à composer avec les contraintes matérielles et écologiques du numérique. 

Ce guide pourrait accompagner des initiatives déjà existantes comme celles de l’association lilloise Deuxfleurs (membre du réseau CHATONS) qui propose gratuitement des hébergements locaux. Il s’inscrirait ainsi dans la continuité d’autres campagnes comme Dégooglisons Internet, portée par Framasoft (créateur des CHATONS) en 2016, qui visait à sensibiliser aux vices des GAFAM tout en proposant des services numériques éthiques, respectueux des données personnelles et ancrés dans une volonté de décentralisation.  

Le guide numérique pourrait être accompagné d’un objet manifeste, prenant la forme soit d’un nano-ordinateur, soit d’un ordinateur reconditionné, configuré comme serveur local. Cet objet serait complété par un second guide pédagogique expliquant comment transformer un matériel informatique simple et de seconde main en serveur autonome et local. Cette approche ferait suite à des projets comme celui de Deuxfleurs mais aussi celui de La Brique Internet ou les workshops du collectif allemand Actinomy. 

La cible

La cible principale des guides serait constituée de makers, de designers, de technophiles ou simplement de curieux ayant un intérêt marqué pour l’expérimentation, l’auto-apprentissage, le bricolage ou les pratiques alternatives. Ils seraient donc à destination d’un public déjà initié et pourraient être mis en avant lors de rencontres d’enthousiastes comme les permanences autour du Libre se produisant chaque dernier mardi du mois au Café Citoyen à Lille. 

La finalité 

Ce projet a pour ambition de servir une prise de conscience active et de susciter un changement de posture des internautes face au Web : passer d’un usage passif et consumériste à une pratique consciente, critique et créative. L’intervention du guide vise à donner aux utilisateurs les moyens de reprendre possession de leur espace numérique et de le concevoir comme un lieu situé en démystifiant l’iconographie populaire du Web immatériel.