{"id":35,"date":"2026-03-11T13:18:01","date_gmt":"2026-03-11T13:18:01","guid":{"rendered":"http:\/\/lindsay-tang.fr\/?page_id=35"},"modified":"2026-05-06T12:57:25","modified_gmt":"2026-05-06T12:57:25","slug":"memoire","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/lindsay-tang.fr\/index.php\/memoire\/","title":{"rendered":"Le m\u00e9moire finalis\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1983, le protocole TCP\/IP\u202f<sup>1<\/sup>&nbsp;est adopt\u00e9, rendant ainsi possible la connexion de tous les ordinateurs entre eux, quels que soient leur marque ou leur syst\u00e8me\u202f: c\u2019est la gen\u00e8se de l\u2019Internet moderne. Pourtant,&nbsp;ce n\u2019est qu\u2019une dizaine d\u2019ann\u00e9es plus tard que le cyberespace gagne en popularit\u00e9 aupr\u00e8s du grand public apr\u00e8s qu\u2019un certain Tim&nbsp;Berners-Lee a inaugur\u00e9 le \u00ab&nbsp;World&nbsp;Wide&nbsp;Web&nbsp;\u00bb. Cela&nbsp;s\u2019explique par le fait qu\u2019\u00e0 travers ses pages, le Web traduit les donn\u00e9es abstraites d\u2019Internet en signes graphiques accessibles, transformant ainsi ce qui n\u2019\u00e9tait qu\u2019un r\u00e9seau d\u2019\u00e9changes d\u2019information purement fonctionnel en un m\u00e9dia que chacun peut&nbsp;s\u2019approprier.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avec la hausse d\u2019internautes\u202f<sup>2<\/sup>&nbsp;est \u00e9galement arriv\u00e9e une terminologie propre \u00e0 ce qui est aujourd\u2019hui surnomm\u00e9 \u00ab&nbsp;La Toile&nbsp;\u00bb. Site,&nbsp;adresse, nom de domaine ou encore homepage, autant de termes renvoyant au lexique architectural ou g\u00e9ographique. Sommes-nous ici face \u00e0 un abus de langage ou pouvons-nous penser qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 de la traduction d\u2019une volont\u00e9 d\u2019habiter cet espace\u202f? La&nbsp;fr\u00e9quentation du monde num\u00e9rique par les internautes \u00e9tant le r\u00e9sultat d\u2019une m\u00e9diation par le graphisme, il semble d\u00e8s lors l\u00e9gitime d\u2019investir cet article de la probl\u00e9matique suivante\u202f: dans quelle mesure le design graphique am\u00e9nage-t-il le&nbsp;cyberespace\u202f?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question, notre article se propose d\u2019\u00e9tudier les usages individuels des internautes \u00e0 travers le prisme des pages personnelles. Notre&nbsp;r\u00e9flexion s\u2019articulera en trois temps. Nous&nbsp;nous int\u00e9resserons d\u2019abord \u00e0 la l\u00e9gitimit\u00e9 d\u2019Internet en tant qu\u2019espace porteur de lieux. Ensuite,&nbsp;nous analyserons la mani\u00e8re dont les internautes se saisissent du Web et de ses outils graphiques afin de construire des territoires \u00e0 la fois intimes et communs. Enfin,&nbsp;nous porterons un regard critique sur ces formes d\u2019appropriation du cyberespace, en interrogeant les limites des pages personnelles et en remettant en cause leur aptitude \u00e0&nbsp;faire&nbsp;lieu.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Internet\u202f: un espace sans lieu ?<\/h3>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Un monde r\u00e9ticulaire<\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1984, William&nbsp;Gibson d\u00e9crit dans Neuromancien un univers abstrait et visionnaire dont la seule substance serait des donn\u00e9es informatiques. Pour le d\u00e9finir, il utilisera un mot\u202f: le cyberespace\u202f<sup>1<\/sup>. Pens\u00e9&nbsp;d\u2019abord comme un paysage fictif, le terme quitte pourtant tr\u00e8s vite les pages du roman pour devenir \u00e0 la fois une r\u00e9alit\u00e9 technologique et un mot de vocabulaire courant \u00e0 la d\u00e9finition quasi-incontestable\u202f<sup>2<\/sup>. N\u00e9anmoins,&nbsp;il convient tout de m\u00eame de justifier sa l\u00e9gitimit\u00e9. \u00c0&nbsp;l\u2019origine con\u00e7u pour \u00e9changer des donn\u00e9es, Internet est un outil fonctionnel\u202f: pourquoi, d\u00e8s lors, le qualifier&nbsp;d\u2019espace\u202f?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question, nous convoquerons la pens\u00e9e de Boris&nbsp;Beaude, g\u00e9ographe sp\u00e9cialis\u00e9 dans les m\u00e9dias num\u00e9riques. En&nbsp;empruntant les mots de Leibniz, Beaude nous rappelle que l\u2019espace n\u2019est pas n\u00e9cessairement mat\u00e9riel puisqu\u2019il est, par d\u00e9finition, relationnel. L\u2019espace&nbsp;ne serait en effet pas quelque part, mais plut\u00f4t la mani\u00e8re dont les choses sont situ\u00e9es les unes par rapport aux autres. Pour&nbsp;reprendre sa formulation, l\u2019espace serait \u00ab&nbsp;l&rsquo;ordre des choses&nbsp;\u00bb. Les&nbsp;plus sceptiques opposeront qu\u2019Internet, par sa nature, n\u2019abrite rien et ne peut donc \u00eatre l\u2019acteur d\u2019une quelconque organisation. Cependant,&nbsp;bien qu\u2019il soit avant tout caract\u00e9ris\u00e9 par des flux, Internet contient \u00e9galement des stocks\u202f<sup>3<\/sup>d\u2019informations\u202f: il pr\u00e9sente ainsi une forme de permanence qui, associ\u00e9e \u00e0 sa nature r\u00e9ticulaire\u202f<sup>4<\/sup>, le qualifie comme&nbsp;un&nbsp;espace.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Vers une mat\u00e9rialisation par l\u2019interface&nbsp;<\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si l\u2019on admet qu\u2019Internet a une qualit\u00e9 d\u2019espace, encore faut-il interroger sa capacit\u00e9 \u00e0 accueillir des pratiques situ\u00e9es et \u00e0 \u00eatre investi puisque, \u00e9videmment, un espace n\u2019est pas intrins\u00e8quement porteur de lieux. Nous&nbsp;nous baserons ici sur la distinction propos\u00e9e par l\u2019anthropologue Marc&nbsp;Aug\u00e9 selon laquelle le lieu se distingue de l\u2019espace en ce qu\u2019il est habit\u00e9\u202f<sup>5<\/sup>&nbsp;(c\u2019est-\u00e0-dire investi par des signification sociales et culturelles apport\u00e9es par l\u2019activit\u00e9&nbsp;humaine).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans&nbsp;Habiter, Vers une architecture figurative, Christian&nbsp;Norberg-Schulz d\u00e9finit la notion d\u2019habiter en nous renvoyant \u00e0 celle de l\u2019identification. Selon&nbsp;lui, pour faire du monde sa demeure, il faudrait d\u2019abord en acqu\u00e9rir la compr\u00e9hension \u00e0 travers une forme d\u2019humanisation\u202f<sup>6<\/sup>. Dans&nbsp;le cas d\u2019Internet, c\u2019est ici qu\u2019intervient l\u2019interface. Le&nbsp;cyberespace se pr\u00e9sentant comme un r\u00e9seau abstrait d\u2019informations, ce n\u2019est en effet qu\u2019\u00e0 travers des dispositifs graphiques\u202f<sup>7<\/sup>&nbsp;que celui-ci peut prendre corps et devenir tangible. L\u2019interface y joue un r\u00f4le de m\u00e9diateur en prenant la forme d\u2019une peau\u202f<sup>8<\/sup>&nbsp;sensible qui permettrait d&rsquo;interagir avec&nbsp;l\u2019immat\u00e9riel.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019identification passe \u00e9galement par la mise en forme de cette interface\u202f: l\u2019utilisateur ayant besoin de rep\u00e8res pour s&rsquo;approprier l&rsquo;espace, l\u2019interface humain-machine (IHM) doit se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 des concepts qui lui sont familiers. C\u2019est&nbsp;ainsi qu\u2019on a pu, par exemple, voir appara\u00eetre l\u2019incontournable m\u00e9taphore du bureau&nbsp;qui, avec son int\u00e9gration au premier ordinateur personnel grand public\u202f<sup>9<\/sup>, a ensuite ouvert la voie \u00e0 la tendance g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e du&nbsp;skeuomorphisme\u202f<sup>10<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Faire du Web son chez-soi<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avons vu que l\u2019int\u00e9gration du graphisme conf\u00e9rait au cyberespace un caract\u00e8re hospitalier. N\u00e9anmoins,&nbsp;l\u2019objectif de notre article \u00e9tant d\u2019analyser le Web au prisme des pages personnelles, il convient \u00e0 pr\u00e9sent d\u2019examiner la mani\u00e8re dont chaque utilisateur peut, \u00e0 son \u00e9chelle, s\u2019y faire une place en mobilisant des&nbsp;dispositifs&nbsp;graphiques.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Appropriation, expression et vernacularit\u00e9<\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur le site du World&nbsp;Wide&nbsp;Web&nbsp;Consortium\u202f<sup>1<\/sup>, Tim&nbsp;Berners-Lee conclut le contenu de sa page personnelle avec les demandes suivantes\u202f:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Let&rsquo;s use the web to create neat new exciting things.<br>Let&rsquo;s use the Web to help people understand each other.\u202f<sup>2<\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cet appel \u00e0 prendre possession du Web \u00e0 des fins expressives aura port\u00e9 ses fruits puisqu\u2019\u00e0 peine cinq ans apr\u00e8s sa cr\u00e9ation, le Web comptait d\u00e9j\u00e0 plus de&nbsp;10&nbsp;000 sites\u202f<sup>3<\/sup>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette forte volont\u00e9 de s\u2019exprimer des internautes fait \u00e9cho \u00e0 ce que nous dit le philosophe Thierry&nbsp;Paquot sur la cr\u00e9ation d\u2019un \u00ab&nbsp;chez-soi&nbsp;\u00bb dans&nbsp;Amour des lieux\u202f: selon lui, \u00eatre chez soi \u00e9quivaudrait \u00e0 pouvoir manifester nos diff\u00e9rentes personnalit\u00e9s en un seul endroit. Or,&nbsp;le Web repr\u00e9sente le terrain id\u00e9al pour effectuer cette d\u00e9marche puisqu\u2019il est, par essence, une immense toile vierge pouvant accueillir une infinit\u00e9 de signes. Les&nbsp;internautes, \u00e0 travers leurs pages personnelles, peuvent habiller l\u2019espace comme ils pourraient am\u00e9nager un appartement. Leurs&nbsp;choix de couleurs, de typographies, de compositions ou encore de navigation t\u00e9moignent de leur personnalit\u00e9 et cr\u00e9ent une image sur mesure gr\u00e2ce \u00e0 laquelle ils pourront \u00eatre reconnus. Tous&nbsp;les utilisateurs n\u2019ayant pas le m\u00eame niveau de ma\u00eetrise num\u00e9rique, cette t\u00e2che peut cependant parfois \u00eatre d\u00e9licate. Toutefois,&nbsp;depuis les d\u00e9buts du Web, la communaut\u00e9 des internautes a pris l\u2019habitude que les plus aguerris construisent des outils pour faciliter l&rsquo;installation des utilisateurs plus occasionnels\u202f<sup>4<\/sup>. Ce&nbsp;partage des plateformes et logiciels, de leurs fonctionnalit\u00e9s mais aussi de leurs limites a progressivement donn\u00e9 naissance \u00e0 un langage graphique vernaculaire, contribuant \u00e0 forger une culture commune parmi les&nbsp;adeptes&nbsp;du&nbsp;Web.\u25a3<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Ergonomie\u202f: entre cr\u00e9ation de culture et standardisation<\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bien que, dans un premier temps, cette culture ait \u00e9t\u00e9 form\u00e9e par des tendances, ce qui \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme des pr\u00e9f\u00e9rences et des go\u00fbts personnels partag\u00e9s s\u2019est vite transform\u00e9 en codes r\u00e9gissant une utilisation norm\u00e9e&nbsp;du&nbsp;Web.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En effet, \u00e0 mesure que le Web s\u2019imposait comme un m\u00e9dia largement diffus\u00e9, la recherche accrue de visibilit\u00e9 et l\u2019incitation \u00e0 attirer toujours davantage de visiteurs ont conduit \u00e0 la formalisation de signes et de rep\u00e8res communs comme les grilles de composition\u25a3&nbsp;ou les design systems\u202f<sup>5<\/sup>. Instaur\u00e9s&nbsp;dans une logique d\u2019efficacit\u00e9 et d\u2019ergonomie maximis\u00e9e, ceux-ci sont progressivement devenus de v\u00e9ritables standards\u202f<sup>6<\/sup>&nbsp;et de nouveaux outils offrant des formules pr\u00eates \u00e0 l\u2019emploi comme les templates\u202f<sup>7<\/sup>&nbsp;du CMS\u202f<sup>8<\/sup>&nbsp;WordPress ont gagn\u00e9 en popularit\u00e9. Alan&nbsp;Cooper, acteur pionnier dans la r\u00e9flexion sur l\u2019exp\u00e9rience utilisateur, th\u00e9orise en 1995 cette inclination \u00e0 la normativit\u00e9 sous le nom de paradigme idiomatique\u202f<sup>9<\/sup>. La&nbsp;logique de ce paradigme consisterait \u00e0 concevoir des interfaces \u00e0 partir \u00ab&nbsp;d\u2019idiomes&nbsp;\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire des \u00e9l\u00e9ments dont le comportement est appris une fois pour toutes et devient familier \u00e0 l\u2019utilisateur. On&nbsp;peut citer, par exemple, les curseurs ou les r\u00e9ducteurs de fen\u00eatres. Misant&nbsp;sur la capacit\u00e9 d\u2019apprentissage plut\u00f4t que sur l\u2019intuition, ce paradigme favoriserait ainsi des interfaces coh\u00e9rentes, pr\u00e9visibles et faciles \u00e0 ma\u00eetriser. Si&nbsp;cette standardisation n\u2019est pas syst\u00e9matiquement per\u00e7ue comme quelque chose qui d\u00e9graderait les exp\u00e9riences individuelles sur le Web\u202f<sup>10<\/sup>, elle implique tout de m\u00eame une baisse d\u2019implication personnelle. En&nbsp;bref, elle affaiblit la pr\u00e9sence de l\u2019utilisateur dans ce qui devrait \u00eatre son \u00ab&nbsp;chez-soi&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">\u00catre sur le Web : r\u00e9alit\u00e9 ou fantasme<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais avons-nous jamais \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sents dans le cyberespace\u202f? Certes, il est possible de fa\u00e7onner une page \u00e0 notre image dans le but de cr\u00e9er du lien social. Cependant,&nbsp;en l\u2019\u00e9tat, la page personnelle se retrouve majoritairement dans une dynamique d\u2019exposition, loin derri\u00e8re l\u2019interaction\u202f<sup>1<\/sup>&nbsp;id\u00e9alement souhait\u00e9e\u202f: il s\u2019agit plus de projeter une image de soi que d\u2019\u00eatre vraiment l\u00e0\u202f<sup>2<\/sup>. Or,&nbsp;peut-on toujours parler d\u2019espace habit\u00e9 si cet espace n\u2019abrite que les traces de notre passage\u202f?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Une vitrine d\u00e9sincarn\u00e9e<\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans&nbsp;Non-lieux, Introduction \u00e0 une anthropologie de la surmodernit\u00e9, Marc&nbsp;Aug\u00e9 oppose le lieu d\u00e9fini pr\u00e9c\u00e9demment au non-lieu. Le&nbsp;non-lieu serait un espace de circulation et de consommation qui ne cr\u00e9erait ni identit\u00e9, ni relation ou m\u00e9moire pour ceux qui le traversent. Il&nbsp;serait notamment un espace \u00ab&nbsp;o\u00f9 les individus sont cens\u00e9s n\u2019interagir qu\u2019avec des textes sans autres \u00e9nonciateurs que des personnes \u201cmorales\u201d [&#8230;] dont la pr\u00e9sence se devine vaguement&nbsp;\u00bb\u202f<sup>3<\/sup>. D\u00e8s&nbsp;lors que les pages personnelles reproduisent cette logique en ne pr\u00e9sentant qu\u2019une image projet\u00e9e de l\u2019utilisateur-propri\u00e9taire, il semble raisonnable de les qualifier de non-lieux.&nbsp;\u25a3De&nbsp;plus,&nbsp;Aug\u00e9 ajoute que les non-lieux sont \u00e9galement caract\u00e9ris\u00e9s par leur production abondante de messages impersonnels adress\u00e9s \u00e0 la fois \u00e0 tout le monde et \u00e0 personne comme le \u00ab&nbsp;merci de votre visite&nbsp;\u00bb pr\u00e9sent dans chaque espace marchand. Encore&nbsp;une&nbsp;fois, nous nous retrouvons devant une logique adopt\u00e9e par les pages personnelles puisque leurs mises en forme sont pens\u00e9es pour pouvoir s\u2019adapter \u00e0 une audience ind\u00e9termin\u00e9e et toujours plus \u00e9largie.\u25a3<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Interactivit\u00e9 : se reconnecter<\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est d\u00e8s lors difficile de consid\u00e9rer une page personnelle comme un foyer, en ce qu\u2019elle se pr\u00e9sente plus comme une fa\u00e7ade que comme un lieu. Ceci&nbsp;dit, Thierry&nbsp;Paquot disait \u00e9galement du \u00ab&nbsp;chez-soi&nbsp;\u00bb qu\u2019il \u00e9tait un lieu o\u00f9 l\u2019on accueillait puisque \u00ab&nbsp;pour qu\u2019il y ait du soi, il faut qu\u2019il y ait de l\u2019autre&nbsp;\u00bb\u202f<sup>4<\/sup>. De&nbsp;ce&nbsp;fait, l\u2019utilisateur-propri\u00e9taire a encore la possibilit\u00e9 de revitaliser son espace en essayant d\u2019\u00eatre un meilleur h\u00f4te.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 d\u00e9faut de pouvoir offrir une interaction utilisateur\u202f\/\u202futilisateur syst\u00e9matique, le cr\u00e9ateur de la page peut amoindrir sa dimension contemplative et passive. \u00c0&nbsp;travers l\u2019ajout de dispositifs interactifs, l\u2019utilisateur-visiteur peut, en effet, acc\u00e9der \u00e0 une exp\u00e9rience enrichie. De&nbsp;spectateur, il devient acteur. Nous pouvons citer comme exemples de dispositifs la spatialisation sonore, l\u2019usage de la voix comme moyen de navigation ou encore l\u2019inclinaison et la rotation des appareils pour produire une action sur l\u2019interface. Plut\u00f4t que d\u2019avoir l\u2019impression de regarder la page, l\u2019id\u00e9e est ici de lui donner la possibilit\u00e9 \u00ab&nbsp;d\u2019\u00eatre sur&nbsp;\u00bb elle. Ici,&nbsp;le design graphique joue le r\u00f4le d\u2019un m\u00e9diateur sensible, capable de faire dialoguer le \u00ab&nbsp;corps liqu\u00e9fi\u00e9&nbsp;\u00bb\u202f<sup>5<\/sup>&nbsp;num\u00e9rique avec son homologue physique en orchestrant une exp\u00e9rience \u00e0 la fois perceptive, gestuelle et immersive.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cet article s\u2019est attel\u00e9 \u00e0 questionner l\u2019habitabilit\u00e9 individuelle du cyberespace \u00e0 travers son investissement par le design graphique. Nous&nbsp;avons vu que d\u2019un espace op\u00e9ratoire d\u00e9sincarn\u00e9, il pouvait se transformer en un lieu familier et agr\u00e9able en s\u2019habillant d\u2019une interface suscitant plus ou moins d\u2019implication personnelle et corporelle. En&nbsp;somme, le cyberespace ne devient habitable qu\u2019\u00e0 partir du moment o\u00f9 l\u2019individu se connecte \u00e0 lui. Son&nbsp;caract\u00e8re hospitalier d\u00e9pend ainsi enti\u00e8rement de l\u2019exp\u00e9rience et du design utilisateur.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En guise de conclusion, nous nous tournerons une nouvelle fois vers les mots de William Gibson, p\u00e8re fondateur de notre vision moderne du cyberespace. Dans&nbsp;un entretien sur la g\u00e9ographie d\u2019Internet, Henri&nbsp;Desbois, g\u00e9ographe, mentionne l\u2019id\u00e9e de l\u2019auteur de science-fiction selon laquelle le cyberespace aurait \u00ab&nbsp;d\u00e9bord\u00e9 de l\u2019\u00e9cran&nbsp;\u00bb. Jusqu\u2019ici,&nbsp;notre argumentaire s\u2019est bas\u00e9 sur une distinction entre espace physique et espace num\u00e9rique. Toutefois,&nbsp;au vu de l\u2019omnipr\u00e9sence du virtuel dans nos quotidiens, il semble pertinent de repenser l\u2019habitabilit\u00e9 du cyberespace \u00e0 travers \u00ab&nbsp;une superposition entre l\u2019espace physique des villes et l\u2019espace virtuel des donn\u00e9es&nbsp;\u00bb\u202f<sup>1<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur les diff\u00e9rentes visions et imaginaires li\u00e9s au cyberespace\u202f:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>France&nbsp;culture, Julien&nbsp;Goetz et&nbsp;Olivier&nbsp;B\u00e9tard,&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.radiofrance.fr\/franceculture\/podcasts\/culture-musique-ete\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">\u00ab&nbsp;\u00c9pisode 3\/5 : Les ann\u00e9es 1990 : Un Web et des bulles&nbsp;\u00bb<\/a>,&nbsp;Voyages&nbsp;dans&nbsp;les&nbsp;internets, n\u00b03, 2016. [consultation le 20 octobre 2025]<\/li>\n\n\n\n<li>William&nbsp;Gibson, \u00ab&nbsp;Burning&nbsp;Chrome&nbsp;\u00bb, New York, Arbor House, 1986<\/li>\n\n\n\n<li>William&nbsp;Gibson, \u00ab&nbsp;Neuromancien&nbsp;\u00bb, Vauvert, Au diable vauvert, 1985<\/li>\n\n\n\n<li>Tim&nbsp;Berners-Lee,<a href=\"https:\/\/www.w3.org\/People\/Berners-Lee\/Kids.html\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">&nbsp;\u00ab&nbsp;Answers for Young People&nbsp;\u00bb<\/a>,&nbsp;World&nbsp;Wide&nbsp;Web Consortium (W3C)&nbsp;[consultation le 26 novembre 2025]<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur la notion d\u2019habiter\u202f:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Marc&nbsp;Aug\u00e9, \u00ab&nbsp;Non-lieux, Introduction \u00e0 une anthropologie de la surmodernit\u00e9&nbsp;\u00bb, Paris, Seuil, 1992<\/li>\n\n\n\n<li>Christian&nbsp;Norberg-Schulz, \u00ab&nbsp;Habiter\u202f:&nbsp;Vers&nbsp;une&nbsp;architecture&nbsp;figurative&nbsp;\u00bb, Paris, Electa Moniteur, 1971<\/li>\n\n\n\n<li>France&nbsp;culture, Quentin&nbsp;Lafay et&nbsp;Thierry&nbsp;Paquot,&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.radiofrance.fr\/franceculture\/podcasts\/questions-du-soir-l-idee\/l-amour-des-lieux-selon-thierry-paquot-2408060\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">\u00ab&nbsp;L\u2019amour des lieux selon Thierry&nbsp;Paquot&nbsp;\u00bb<\/a>,&nbsp;Questions du soir\u202f: l\u2019id\u00e9e, 2025. [consultation le 13 novembre 2025]<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur Internet comme espace\u202f:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Boris&nbsp;Beaude,<a href=\"https:\/\/shs.cairn.info\/revue-annales-de-geographie-2013-4-page-466?lang=fr\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">&nbsp;\u00ab&nbsp;Internet, changer l\u2019espace, changer la soci\u00e9t\u00e9&nbsp;\u00bb<\/a>, dans&nbsp;Annales de g\u00e9ographie n\u00b0692, 2013, pp.466-479 [consultation le 15 septembre 2025]<\/li>\n\n\n\n<li>France&nbsp;culture, Xavier&nbsp;de&nbsp;La&nbsp;Porte et&nbsp;Boris&nbsp;Beaude,&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.radiofrance.fr\/franceculture\/podcasts\/place-de-la-toile\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">\u00ab&nbsp;L\u2019internet comme nouvel espace&nbsp;\u00bb<\/a>,&nbsp;Place de la toile, 2012. [consultation le 28 septembre 2025]<\/li>\n\n\n\n<li>France&nbsp;culture, Xavier&nbsp;de&nbsp;La&nbsp;Porte et&nbsp;Henri&nbsp;Desbois,&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.radiofrance.fr\/franceculture\/podcasts\/place-de-la-toile\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">\u00ab&nbsp;Internet et g\u00e9ographie\u202f: les imaginaires de l\u2019espace&nbsp;\u00bb<\/a>,&nbsp;Place de la toile, 2011. [consultation le 19 novembre 2025]<\/li>\n\n\n\n<li>Marion&nbsp;Roussel,&nbsp;<a href=\"http:\/\/dnarchi.fr\/culture\/architecture-liquide-et-cyberespace-de-william-gibson-a-la-virtualite-eversee-partie-i\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">\u00ab&nbsp;Architecture liquide et cyberespace\u202f: De William&nbsp;Gibson \u00e0 la virtualit\u00e9 \u00e9vers\u00e9e. Partie II&nbsp;\u00bb<\/a>,&nbsp;DNArchi, 2012 [consultation le 26 septembre 2025]<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur la m\u00e9diation graphique d\u2019Internet\u202f:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Alan&nbsp;Cooper,&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.multimedialab.be\/doc\/citations\/alan_cooper_metaphore.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">\u00ab&nbsp;The myth of metaphor&nbsp;\u00bb<\/a>, trad. par Marc&nbsp;Wathieu, dans&nbsp;Visual Basic Programmer\u2019s Journal, 1995 [consultation le 15 novembre 2025]&nbsp;<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Sitographie<\/h3>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Lax Chee,&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.laxspace.co\">\u00ab Lax Space \u00bb<\/a>&nbsp;[consultation le 8 d\u00e9cembre 2025]<\/li>\n\n\n\n<li>Cheryl&nbsp;Donegan,&nbsp;<a href=\"https:\/\/awp.diaart.org\/donegan\/home.html\">\u00ab Studio&nbsp;Visit \u00bb,&nbsp;<\/a>1997 [consultation le 3 d\u00e9cembre 2025]<\/li>\n\n\n\n<li>Ben&nbsp;Vautier,&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.ben-vautier.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">\u00ab Ben&nbsp;Vautier \u00bb<\/a>&nbsp;[consultation le 12 d\u00e9cembre 2025]<\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"https:\/\/ytmnd.com\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">YTMND&nbsp;<\/a>[consultation le 19 d\u00e9cembre 2025]<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction En 1983, le protocole TCP\/IP\u202f1&nbsp;est adopt\u00e9, rendant ainsi possible la connexion de tous les ordinateurs entre eux, quels que soient leur marque ou leur syst\u00e8me\u202f: c\u2019est la gen\u00e8se de l\u2019Internet moderne. Pourtant,&nbsp;ce n\u2019est qu\u2019une dizaine d\u2019ann\u00e9es plus tard que le cyberespace gagne en popularit\u00e9 aupr\u00e8s du grand public apr\u00e8s qu\u2019un certain Tim&nbsp;Berners-Lee a inaugur\u00e9 &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/lindsay-tang.fr\/index.php\/memoire\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Le m\u00e9moire finalis\u00e9&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-35","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lindsay-tang.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/35","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lindsay-tang.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/lindsay-tang.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lindsay-tang.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lindsay-tang.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=35"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/lindsay-tang.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/35\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":106,"href":"https:\/\/lindsay-tang.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/35\/revisions\/106"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lindsay-tang.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=35"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}